Taxe d’habitation et TSC au Maroc : ce que doit votre villa

Par Karim 5 min de lecture

Le barème ne dit presque rien de ce que vous paierez. Ce qui décide, c’est l’usage de votre villa : occupée par vous, même trois semaines par an, elle doit la taxe d’habitation ; louée, elle ne la doit pas, mais sa taxe de services communaux (TSC) se calcule alors sur les loyers.

La taxe d’habitation est-elle due pour une résidence secondaire au Maroc ?

Oui, dès que vous l’occupez, même quelques semaines par an. L’article 19 de la loi 47-06 sur la fiscalité des collectivités territoriales soumet à la taxe les immeubles « occupés en totalité ou en partie par leurs propriétaires à titre d’habitation principale ou secondaire », ou prêtés gratuitement à un conjoint, un parent ou un enfant. Pour une résidence secondaire, la taxe porte sur la valeur locative entière : l’abattement de 75 % est réservé à l’habitation principale (article 24).

Une villa louée en entier sort de ce champ. Une villa vide, non. La loi ne reconnaît la vacance que pour deux motifs, de grosses réparations ou un bien destiné à la vente ou à la location, prouvés par le déménagement des meubles ou la dépose des compteurs d’eau et d’électricité (article 26). Une maison meublée qui vous attend entre deux séjours, jardin arrosé et piscine en marche, n’est pas vacante. C’est votre résidence secondaire, et elle est imposée comme telle.

Comment se calculent la taxe d’habitation et la taxe de services communaux ?

Sur une valeur locative que vous ne fixez pas. Une commission de recensement, administration fiscale et commune réunies, la fixe d’après les loyers des habitations similaires du quartier (articles 23 et 32). Ce chiffre n’est publié nulle part avant l’avis d’imposition, et il est révisé de 2 % tous les cinq ans.

La taxe d’habitation s’applique ensuite par tranches. La taxe de services communaux s’y ajoute : 10,50 % de la même valeur locative en périmètre urbain, 6,50 % dans les zones couvertes seulement par un plan d’aménagement (article 36). Hors de ces zones, aucune des deux n’est due. Pour une valeur locative de 60 000 dirhams, une résidence secondaire en périmètre urbain doit 11 500 dirhams de taxe d’habitation et 6 300 dirhams de taxe de services communaux, soit 17 800 dirhams par an, à ajouter au budget d’une villa à Marrakech.

Barème de la taxe d’habitation au Maroc (loi 47-06, article 27), avec le montant à déduire de chaque tranche
Valeur locative annuelleTauxMontant à déduireExemple
0 à 5 000 DHExonérée——
5 001 à 20 000 DH10 %500 DH15 000 DH → 1 000 DH
20 001 à 40 000 DH20 %2 500 DH30 000 DH → 3 500 DH
40 001 DH et plus30 %6 500 DH60 000 DH → 11 500 DH

Le montant à déduire revient à appliquer chaque taux à sa seule tranche. Sous 200 dirhams, la taxe n’est pas émise (article 28).

Qui paie la taxe de services communaux quand la villa est louée ?

Vous, mais sur une autre base. La taxe de services communaux est établie au nom du propriétaire ou de l’usufruitier (article 33), que la villa soit occupée, prêtée ou louée. Une clause du bail qui la met à la charge du locataire règle vos comptes avec lui, pas avec l’administration.

Ce qui change, c’est l’assiette. Pour un bien qui n’est pas soumis à la taxe d’habitation et qui est donné en location, elle porte sur « le montant global des loyers » (article 35), règle que la Direction générale des impôts reprend telle quelle. En périmètre urbain, cela fait 10 500 dirhams pour 100 000 dirhams de loyers : la taxe suit l’occupation, et une bonne saison la fait monter. Un point reste ouvert : la loi ne dit pas si une villa louée meublée à des voyageurs relève de cette règle ou de la taxe professionnelle. Nous ne le tranchons pas à la place de l’administration ; un expert-comptable doit le faire avant la première déclaration.

Quand faut-il payer la taxe d’habitation au Maroc, et que coûte un retard ?

Avant la date limite inscrite sur l’avis. En 2026, elle tombait le 31 mai, un dimanche, et la Direction générale des impôts l’a reportée au lundi 1er juin, selon Le360. La règle tient dans l’article 132 : la taxe est exigible à la fin du deuxième mois qui suit sa mise en recouvrement. Depuis la loi 14-25 de 2025, la taxe d’habitation et la taxe de services communaux sont recouvrées par l’administration fiscale, et non plus par la Trésorerie. Elles se paient sur tax.gov.ma, par l’application de votre banque ou dans une recette des impôts.

Le retard coûte 10 % de pénalité, plus 5 % le premier mois puis 0,50 % par mois (article 147), sauf si chacune des deux taxes n’excède pas 1 000 dirhams. L’avis part par la poste, à l’adresse que l’administration connaît. Pour une villa dont le propriétaire vit à Paris, c’est souvent la boîte aux lettres de la villa, que personne n’ouvre entre deux séjours. Ne pas l’avoir reçu ne reporte rien.

Que vérifions-nous chaque hiver sur la fiscalité locale d’une villa ?

Cinq points, avant le 31 janvier. À quelle adresse l’avis est-il envoyé, et qui l’ouvre ? Quelle affectation la commission a-t-elle retenue : résidence secondaire, bien loué, bien vacant ? La mise en location, ou son arrêt, a-t-elle été déclarée ? La loi impose de déclarer tout changement d’affectation au plus tard le 31 janvier de l’année suivante, sous peine d’une majoration de 15 % (articles 30 et 144). Des travaux ont-ils été déclarés en janvier comme vacance, preuves à l’appui ? Cette déclaration ouvre droit à décharge, et son oubli la fait perdre (articles 31 et 145).

Le cinquième point porte sur l’avis lui-même : la valeur locative correspond-elle à votre villa ? Une réclamation se dépose dans les six mois qui suivent la mise en recouvrement, et elle ne suspend pas le paiement (article 161). Notre page gestion locative à Marrakech décrit ce que nous prenons en charge. Pour la taxe que règlent vos voyageurs, voir notre article sur la taxe de séjour à Marrakech.

Vous voulez savoir ce que votre villa doit chaque année, et ce qui a été déclaré en son nom ? Nous réalisons une estimation gratuite et sans engagement sous 48 h.

Questions fréquentes

Comment connaître le montant de la taxe d’habitation de sa villa au Maroc ?

Par l’avis d’imposition, qui est le seul document à l’indiquer. Le montant découle d’une valeur locative fixée chaque année par une commission de recensement, où siègent l’administration fiscale et les services de la commune, en comparant votre villa aux loyers des habitations similaires du quartier (articles 23 et 32 de la loi 47-06). Cette valeur n’est pas publiée à l’avance. L’avis est envoyé par la poste à l’adresse connue de l’administration, au plus tard à la date de mise en recouvrement, et porte le montant, la date de mise en recouvrement et la date limite de paiement (article 130). Muni du numéro d’avis, vous pouvez aussi retrouver et régler la taxe sur le portail tax.gov.ma de la Direction générale des impôts. Si la valeur retenue ne correspond pas à votre villa, une réclamation se dépose dans les six mois qui suivent la mise en recouvrement. Mieux vaut lire l’avis dès sa réception : une fois la date limite passée, la réclamation ne suspend plus rien.

Une villa louée toute l’année paie-t-elle la taxe d’habitation au Maroc ?

Non. La taxe d’habitation ne vise que les biens occupés par leur propriétaire, en résidence principale ou secondaire, ou prêtés gratuitement à un conjoint, un ascendant ou un descendant (article 19 de la loi 47-06). Une villa louée en entier sort de ce champ, et ses loyers relèvent de l’impôt sur le revenu. Elle n’échappe pas pour autant à la fiscalité locale : la taxe de services communaux reste due, au nom du propriétaire, et elle se calcule alors sur le montant global des loyers au lieu de la valeur locative (article 35), soit 10,50 % des loyers en périmètre urbain. Encore faut-il que l’administration le sache : la mise en location se déclare comme un changement d’affectation, au plus tard le 31 janvier de l’année suivante (article 30). Sans déclaration, la villa reste inscrite comme résidence secondaire, et l’avis de taxe d’habitation continue d’arriver.

Qui paie la taxe de services communaux, l’année d’une vente ou d’une location ?

Le propriétaire ou l’usufruitier, et à défaut le possesseur ou l’occupant : c’est à son nom que la taxe est établie (article 33 de la loi 47-06). Quand la villa est louée, le propriétaire reste le redevable face à l’administration ; une clause du bail qui met la taxe à la charge du locataire règle vos comptes avec lui, pas avec le fisc. L’année d’une vente, la taxe reste établie au nom de l’ancien propriétaire : le nouveau n’est imposé qu’à partir de l’année suivante, au vu de sa déclaration de changement de propriété ou des constats de la commission de recensement (article 26). Le partage de la taxe de l’année entre vendeur et acheteur relève donc de l’acte, pas de la loi. En indivision, la taxe est établie au nom de l’indivision, sauf si les indivisaires demandent une imposition séparée par unité d’habitation (article 20). À l’achat d’une villa, demandez au vendeur les avis des années précédentes, et la preuve qu’ils sont réglés.

Un propriétaire qui vit en France a-t-il droit à l’abattement de 75 % ?

En règle générale, non. L’abattement de 75 % s’applique à la valeur locative de l’habitation principale du propriétaire (article 24 de la loi 47-06). Une villa à Marrakech habitée quelques semaines par an par un propriétaire qui vit en France est une résidence secondaire : sa taxe d’habitation porte sur la valeur locative entière. La loi prévoit une extension pour les Marocains résidant à l’étranger : le logement qu’ils conservent au Maroc à titre d’habitation principale, occupé gratuitement par leur conjoint, leurs ascendants ou leurs descendants au premier degré, bénéficie de l’abattement. L’exonération de cinq ans des constructions neuves suit la même logique et ne vise que l’habitation principale (article 22). Ce point pèse lourd, parce que le barème monte jusqu’à 30 % : pour une valeur locative de 60 000 dirhams, la taxe d’habitation passe de 1 000 dirhams avec abattement à 11 500 dirhams sans. Il se vérifie sur l’avis, ligne par ligne.

Une villa occupée par son propriétaire et louée quelques semaines par an paie-t-elle la taxe d’habitation ?

Très probablement, mais la loi ne règle pas expressément ce cas. L’article 19 de la loi 47-06 soumet à la taxe les biens occupés « en totalité ou en partie » par leur propriétaire, et l’article 25 retient la consistance et l’affectation du bien à la date du recensement. Une villa où vous gardez vos affaires et séjournez chaque année reste une résidence secondaire aux yeux de la commission, même si elle accueille des voyageurs le reste du temps. La part louée relève de la taxe de services communaux sur les loyers, et de l’impôt sur le revenu. Comment l’administration articule les deux sur un même bien n’est pas écrit : nous ne le tranchons pas à sa place. Deux réflexes limitent le risque de payer deux fois. Déclarer l’affectation réelle avant le 31 janvier de l’année suivante, et conserver les contrats de location et le calendrier des séjours, qui sont les seules preuves de la répartition.

Toutes les questions fréquentes

Ressources et sources

  1. Fiscalité des collectivités territoriales — loi n° 47-06 modifiée par la loi n° 07-20, articles 19 à 38, 130, 132, 144 à 147, 160 et 161 Direction générale des collectivités territoriales
  2. Loi n° 14-25 modifiant et complétant la loi n° 47-06 — Bulletin officiel n° 7418 du 3 juillet 2025 Secrétariat général du Gouvernement
  3. Taxe de services communaux — personnes imposables, base et taux Direction générale des impôts
  4. Le360 — taxe d’habitation et taxe de services communaux, dernier délai de paiement le lundi 1er juin Le360
  5. Aujourd’hui le Maroc — le 1er juin, dernier délai pour le paiement (communiqué de la DGI) Aujourd’hui le Maroc
  6. Taxe d’habitation au Maroc — barème par tranche et montants à déduire CM Conjoncture

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